Il est vrai que les mairies sont éloignées (une dizaine de kilomètres entre Molières et Pailharès ; cinq environ entre Lafarre et Tête).
Par le passé, en effet, le territoire a été tiraillé entre des suzerainetés différentes. Aujourd’hui encore, il est partagé entre plusieurs structures administratives, entre plusieurs entités qui s’y croisent : SIVOM et cantons différents (Saint-Félicien, Lamastre, Saint-Agrève), ce qui complexifie l’aménagement du territoire même au début du IIIème millénaire.
Bref, un territoire difficile, qui est resté longtemps enclavé, avec un retard certain en ce qui concerne les aménagements : · route de Molières au Doux aménagée et goudronnée en 1969-70. · pont de Clara construit en « dur » en 2001. · desserte en eau potable récente (2003-2005).
Retard qui pourrait justifier parfois le sentiment d’être un peu « oublié ».
Du col du Buisson au Doux, l’altitude s’abaisse de 917 mètres à environ 570. Les terroirs sont variés, mais toujours marqués par une pente forte, par des crêtes et des vallonnements, par un réseau hydrographique entaillant cette terre granitique.
L’habitat se disperse en fermes isolées ou en hameaux, dont beaucoup figurent déjà sur l’une des premières cartes de France, dessinée au XVIIIème siècle, la carte de Cassini. Il en est ainsi d’Agrève, de Tête, de Faugeas, de Bonnevaux, de Galey… On remarque que ni Molières, ni Clara, qui sont des créations postérieures au XVIIIème siècle, ne figurent sur cette carte.
Le tout est relié par une route cadastrée dont les parties à forte pente, sur Clara par exemple, étaient avant le goudronnage très ravinées par les pluies à caractère méditerranéen de l’automne. L’eau ruisselle sur des sols imperméables, et elle est rare partout : pas de sources abondantes en général.
Une terre montagneuse, où la vie traditionnelle était difficile, et où le fait religieux a constitué jusque dans les années 1960-70 un ferment d’unité certain.
Molières dans les années cinquante
C’est un vrai village, avec son école – religieuse –, son église, où officie un curé à demeure, une épicerie, un sabotier (au lieu-dit « Maréchal »), un forgeron, un menuisier. Chaque été on bat le blé au fléau sur la place du village.
Fort est le sentiment d’appartenance à une même communauté paysanne, qui fréquente l’école de Molières, et qui est passionnément catholique. Elle observe des rites immuables : la messe, les vêpres (le dimanche à Molières), les processions (à la Toussaint, de l’église au cimetière), la « reboule » en fin de battage…
Les mentalités paysannes se structurent autour du personnage du curé, qui gère les grands actes de la vie de chacun : naissance, mariage, sépulture. Il organise les retraites pour les confirmations, la venue de l’évêque de Viviers…
C’est ainsi que vers 1953 ( ?), le curé de l’époque (le père Pradon) a organisé en août une procession de Molières à Tête, pour inaugurer un calvaire dans ce hameau situé à un kilomètre de Molières. Une table avec gâteaux, vin et quina a été dressée sur l’aire de battage d’une ferme à Tête même.
Quelles sont les motivations de cette procession ? Prier pour que la pluie tombe ? Difficile de répondre…



