Le géant Fred à la belle barbe rousse, pansu, fort en gueule se désolait de voir autour de lui le monde errer sur la mer grise de la morosité. En ce temps là, hommes et femmes n’avaient point d’autres grandes occupations que de s’échiner à compter et recompter le contenu de leur escarcelle, à retenir leurs pets, et à rire petit, de peur qu’une fortune vint à échapper de leurs orifices.
Après de longues années de recherche voici la dive recette qu’il concocta :
Il récolta d’abord cinq grands et vifs porteurs de rogatons. Il mit tout son art à les choisir. Les dits devaient s’esbaudir à jouer de la musique, chanter à quatre ou cinq parties, sus un thème, à plaisir de gorge. Ils devaient aimer la ripaille, et le rire et n’être jamais assez contents qu’à faire partager leurs goûts. Ils devaient aussi avoir la langue verte et ne trembler devant aucun mot, toujours prêts à le lâcher cru plutôt qu’à le faire recuire dans une bouche en cul de poule.
Puis il leur donna en pâture quelques instruments :
Au Jonee de taille moyenne, il donna une batterie, un bodhran.
Au bob de belle stature, il donna une basse.
Au Pierrot à la voix rauque, diverses guitares à convenance, un banjo et une flûte.
Au Sebastien menu mais fort en gueule une guitare, une mandoline et un bouzouki.
Au Jeannot à cigare, il donna un accordéon et un harmonica.
A tous il donna tambourins, et autres divers instruments qui clinquaient.




